Le sermon de la montagne (Mt 5 – 7)

Chapitre 5: Le sermon de la montagne, les Béatitudes

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Lecture et explication de l’évangile
Enseignement Théologique et Spirituel
A Lire et Méditer

1. Accueil

Sur la montagne de Sinaï, Dieu a donné à Moïse les dix commandements, qui forment le début et le résumé de l’ancienne loi. Sur la montagne de Galilée, Jésus a enseigné les Béatitude, ouverture à ses enseignements ; il y donne les mots-clés comme dans l’introduction d’une grande œuvre. La montagne est le lieu géographique le plus proche de Dieu ; elle est le lieu de la révélation, lieu de la rencontre entre Dieu et l’homme. Le sermon de la montagne est l’une des pages les plus belles de tous les livres du monde. Les Pères de l’Eglise l’ont qualifié comme étant le résumé de tout l’évangile, le résumé de la vie chrétienne.

Est-ce que tu n’as jamais entendu quelqu’un te dire : « Bravo ! » ? Pourquoi les gens se font mutuellement des compliments ? Il est clair que Jésus nous complimente à travers les Béatitudes, annonçant une bonne nouvelle qui conduit au Royaume. Est-ce nouveau par rapport aux enseignements juifs d’avant ? La nouveauté du contenu concerne-t-elle l’humanité entière ? C’est ce que nous allons essayer d’expliquer aujourd’hui à travers l’enseignement de Jésus dans son premier discours grâce à Matthieu.

2. Lecture et explication de l’évangile :

Le sermon de la montagne, les Béatitudes (Mt 5,1-12)

Voyant les foules, il gravit la montagne, et quand il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. 2 Et prenant la parole, il les enseignait en disant : « 3 Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux. 4 Heureux les affligés, car ils seront consolés. 5 Heureux les doux, car ils posséderont la terre. 6Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. 7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. 8 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. 9 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. 10Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. 11Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. 12 Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos prédécesseurs ».

2.1 Explication

Les Béatitudes annoncent que le Royaume est une grâce. Dire « bienheureux » au début d’une phrase est un genre d’expression biblique traditionnel (Ps 1,1 ; Pr 3,13 ; Si 25,8-9). Il exprime un compliment pour une personne ou une communauté, à cause d’un bien vécu ou d’un bien à vivre et à recevoir. Ici, Jésus complimente des personnes distinguées par leurs qualités, leur permettant d’accueillir le Royaume de Dieu.

Dans les Béatitudes, se trouve une « inclusion » entre la première et la huitième, car s’y répète la phrase « car c’est à eux le Royaume des cieux » (5,3.10). On trouve aussi des gens bienheureux deux fois à cause de « la justice » (5,6.10). La neuvième Béatitude (5,11-12) a le même contenu que la huitième, mais le passage de la troisième personne du pluriel à la deuxième nous touche d’une manière directe.

Les Béatitudes sont divisées en deux parties : les quatre premières (Mt 5,3-6) se concentrent sur l’attitude de la pauvreté et de l’humilité devant Dieu. Les quatre dernières (5,7-10) parlent du comportement envers les autres. La dernière Béatitude rappelle le Psaume qui dit : « Le Seigneur est mon berger… ton bâton et ton appui, voilà qui me rassure ».

Voici la signification de chaque béatitude :

  • Les pauvres en esprit sont ceux qui mettent toute leur confiance en L’ajout du mot « esprit » ou « âme » ( ‘les pauvres en esprit’ ou ceux qui ont ‘une âme de pauvre’) chez Matthieu insiste sur la qualité religieuse et spirituelle de la pauvreté sans nier sa possibilité matérielle.
  • L’humble est celui qui vit l’enfance spirituelle. L’humilité vise au renoncement à soi-même ; elle s’éloigne de toute revanche ou colère. Elle n’est pas une faiblesse mais une force dans la maîtrise de soi, la domination du tempérament propre et le pardon.
  • Le contexte du deuil des affligés est celui des persécutions vécues par les premiers chrétiens. Jésus les rassure par la proximité de la consolation eschatologique (Is 40,1 ; 61,3). La consolation signifie la force et le courage d’affronter les difficultés ; elle donne l’espérance.
  • Le mot « justice » signifie la volonté de Dieu. Dans le désert, la manne était donnée au peuple par la grâce de Dieu. Bienheureux celui qui a faim et soif de la Parole de Dieu ! Qu’il se rassasie de sa loi, de l’eau vive, et du pain du ciel, alors il chantera « le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien».
  • Les œuvres de miséricorde sont concrètes, il s’agit d’aider celui qui a faim ou soif ou qui est nu, malade, prisonnier, ou étranger. La miséricorde de Dieu pour nous est liée à nos actions de miséricorde ; il nous a appris à prier « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
  • Dans la Bible, le cœur n’indique pas seulement le lieu d’où émane le sentiment, mais il est le centre de l’être humain tout entier, d’où il assume ses responsabilités. Ainsi, le cœur pur est celui qui est libéré de toute dichotomie et hypocrisie ; il verra alors Dieu non pas en se tenant lui-même dans l’apparence mais dans son propre intérieur.
  • La parole hébraïque « Shalom » ne signifie pas seulement une paix politique mais aussi tous les bienfaits matériels et spirituels de l’existence humaine. Celui qui prône la paix n’est pas seulement soucieux de la paix entre les nations ; il fait également en sorte que son entourage soit en paix Il sera appelé fils de Dieu c’est-à-dire revêtu de l’identité annoncée par les anges le jour de la naissance de Jésus (Lc2,14).

Le thème de la huitième et la neuvième Béatitude est la persécution qui se produit de deux manières : physique (poursuite : prison, assassinat) ou morale (mépris, critique blessante, calomnie). Attention à ne pas persécuter les autres! Mais si nous subissons la persécution, sachons qu’elle n’est pas exceptionnelle ou seulement liée à une certaine circonstance locale ou temporelle ; la persécution est, selon Jésus, l’état de vie de chaque croyant qui s’engage à sa suite. La deuxième personne du pluriel « vous » (Mt 5,11) ne signifie pas seulement les disciples mais aussi tous les chrétiens à travers les siècles.

2.2 Actualisation

Nous pouvons résumer le message des Béatitudes en trois axes :

  • En premier lieu, celui des actions qui indiquent quelque chose ; preuve en est la conjugaison des verbes sur mode indicatif. Elles donnent en effet une valeur à quelques catégories de personnes qui ne correspondent pas à la sagesse du monde. Ce n’est pas leur état pauvre et triste qui les rend bienheureuses, mais c’est le Royaume qui renverse les critères humains et mondains. C’est, en effet, à travers ce Royaume que se manifeste la sagesse de la croix et de la résurrection.
  • Deuxièmement, l’axe des actions qui obligent Dieu à réaliser ce qu’il a promis ; preuve en est la voix passive, appelée passive théologique, qui se trouve dans la deuxième partie de la plupart des Béatitudes (ils seront consolés, rassasiés, appelés etc.). Dieu n’est pas, en effet, sans couleur, il ne se tient pas debout sans bouger ; plutôt, il défend toujours ceux qui l’aiment.

Troisièmement, l’axe des actions qui obligent l’homme, sans que les verbes ne soient à l’impératif (ils sont à l’indicatif). Elles demandent à chaque lecteur d’agir selon le Royaume. Ceci est bien connu dans la mentalité sémitique : les Béatitudes 2 à 7 sont au futur ; et dans les langues sémitiques (arabe et hébreu), il n’y a pas de futur mais seulement un présent sous deux formes : une action actuelle ou une action se prolongeant dans le futur. Ce n’est pas seulement Dieu qui est responsable de la réalisation de ce qu’il a promis, mais il revient aussi à l’homme d’aider Dieu dans son propre salut.

3. Enseignement théologique et spirituel :

Le Royaume de Dieu

Dieu a créé l’homme pour le faire participer à sa vie, à son amour et à sa joie. C’est pourquoi l’homme cherche ardemment à vivre selon ces préceptes. Mais le péché et les problèmes du monde sèment en lui la tristesse au lieu de la joie, la haine au lieu de l’amour, et la mort au lieu de la vie. Cependant Dieu n’abandonne pas sa créature ; il a institué les prophètes et les enseignants au milieu de son peuple pour éveiller en lui la promesse du Royaume qui vient.

Les Juifs ont cru comprendre que le Christ qui va venir règnera comme tous les rois de la terre. C’est pourquoi Jésus a voulu rappeler maintes fois et de plusieurs manières que son Royaume n’est pas de ce monde, c’est-à-dire, il ne ressemble pas aux gens dans sa manière de régner : il ne court pas après l’argent, les guerres ou les occupations territoriales.

Son royaume n’est pas de ce monde mais son point de départ est dans ce monde. Jésus a dit : « Le Royaume de Dieu est parmi vous » (Lc17,21). En d’autres termes, Jésus veut dire : ‘quand Dieu règnera sur vos pensées et vos cœurs, et quand vous vous ouvrirez à son appel, à ce moment- là, vous pourrez goûter à la saveur du ciel, car l’amour de Dieu aura sauvé vos âmes’. Mais comme naturellement l’homme vit sur la terre, il ne pourrait pas être d’une manière totale à Dieu ; ainsi, le Royaume présent de Dieu ne serait accompli que dans le ciel, dans la vie nouvelle avec Dieu qui deviendra « tout en tous ».

Jésus a donné dans son évangile la charte du Royaume, annonçant l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament d’une manière particulière : en effet, la réalisation de la promesse en Jésus dépasse toutes les attentes.

4. A lire et méditer : Lecture de Saint Augustin (+ 430)

La beauté ancienne

Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas ! Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ; tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’ai aspiré à toi ; j’ai goûté, et j’ai faim et j’ai soif ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix.

Quand j’aurai adhéré à toi de tout moi-même, nulle part il n’y aura pour moi douleur et labeur, et vivante sera ma vie toute pleine de toi. Mais maintenant, puisque tu allèges celui que tu remplis, n’étant pas rempli de toi je suis un poids pour moi. Il y a lutte entre mes joies dignes de larmes et les tristesses dignes de joie ; et de quel côté se tient la victoire, je ne sais. Il y a lutte entre mes tristesses mauvaises et les bonnes joies ; et de quel côté se tient la victoire, je ne sais…

Ah ! Malheureux ! Seigneur, aie pitié de moi. Ah ! Malheureux ! Voici mes blessures, je ne les cache pas : tu es médecin, je suis malade ; tu es miséricorde, je suis misère. N’est-elle pas une épreuve, la vie humaine sur la terre ? […]

Mon espérance est tout entière uniquement dans la grandeur immense de ta miséricorde. Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux. […] Ô amour qui toujours brûles et jamais ne t’éteins, ô charité, mon Dieu, embrase-moi.

(Confessions, 10)