Le discours apostolique (Mt 10)

Chapitre 10: L’envoi des disciples

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Lecture et explication de l’évangile
Enseignement Théologique et Spirituel
A Lire et Méditer

1. Accueil

Jésus envoie ses disciples avant la résurrection pour une mission limitée à la maison d’Israël. Il s’agit d’un « stage » avant d’entamer, après la résurrection, une mission universelle ouverte à tous les peuples de la terre. La croix du Christ et sa résurrection forgent la vie de l’Eglise et tous ses sacrements. Le sacrement de Confirmation que nous recevons, nous les chrétiens d’Orient, conjointement avec le baptême, nous rappelle l’envoi de l’Esprit Saint sur les disciples, et il nous confirme tout au long de notre vie dans le chemin du témoignage aux enseignements du Christ, jusqu’au martyre, s’il y avait besoin.

Jésus explique le programme des envoyés dans le discours apostolique que nous lisons aujourd’hui, et il annonce qu’ils affronteront beaucoup de problèmes, et que les persécutions adviendront de la part des gens de leur propre maison. Peut-être, es-tu persécuté, aujourd’hui, à cause de ta participation aux rencontres du catéchuménat ? Et peut-être, as-tu affronté beaucoup de peines auparavant dans ta vie ? Sache que Jésus te dit : « Ne crains pas ! Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; si tu tiens bon jusqu’au bout, tu seras sauvé ». C’est ainsi que la Parole de Dieu nous encourage à vivre notre témoignage chrétien dans la vie quotidienne.

2. Lecture et explication de l’évangile :

L’envoi des disciples (Mt 10,16-26)

16Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; montrez- vous donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes.

17Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux sanhédrins et vous flagelleront dans leurs synagogues ; 18vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux et des païens. 19Mais, lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, 20car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. 21Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. 22Et vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui aura tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé. 23Si l’on vous pourchasse dans telle ville, fuyez dans telle autre, et si l’on vous pourchasse dans celle- là, fuyez dans une troisième ; en vérité je vous le dis, vous n’achèverez pas le tour des villes d’Israël avant que ne vienne le Fils de l’homme.

24Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son patron. 25Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître, et le serviteur comme son patron. 26Du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée !!

2.1 Explication

Les paroles de Jésus concernant les persécutions que les disciples affronteront se rapportent au discours apostolique ; en voici le plan et les idées principales :

  1. Introduction narrative (9,35 – 10,5a) : Mt 9,35 mentionne brièvement les trois activités du Christ : l’enseignement, la proclamation de la Bonne Nouvelle, et la guérison ; ce sommaire se trouve déjà dans Mt 4,23. Jésus apparaît comme le Berger plein de la miséricorde de Dieu et de son amour pour les hommes, contrairement aux pasteurs d’Israël ; Il remet, en effet, le peuple dans la voie de Dieu. Dans la liste des Douze, l’évangile insiste sur « le premier », annonçant par là la primauté de Pierre sur les autres disciples.
  2. Le devoir des envoyés (10 :5b-15). Voici le plan de ce paragraphe : le lieu de l’action (10,5b-6) ; le programme (10,7-8a) ; l’équipement (10,8b-10) ; la méthode missionnaire (10,11-15). L’ordre d’évangéliser seulement les brebis perdues de la maison d’Israël serait à comprendre comme un envoi avant la résurrection, une sorte de « stage », que le Messie d’Israël propose pour rassembler le peuple dispersé (Is 11,12). Il est à noter que le service du Royaume (Mt 10,7) est un service de l’homme (Mt 10,8). La radicalité au niveau de l’équipement – contrairement à Mc qui accepte d’emporter un bâton et des sandales – insiste sur la confiance en la Providence de Dieu. (Cf. le thème de la Providence en Mt 6,25-34). En ce qui concerne la paix, c’est la bénédiction messianique la plus importante qui est donnée dans la mission (Is 9,1-6 ; 11,6-9).
  3. Envoi au monde et persécutions (10,16-33). Dans ce paragraphe, la mission passe par un devoir que les disciples doivent réaliser, un destin de douleur et de persécutions qu’ils auront à affronter. La mission chrétienne est caractérisée par les douleurs. Dans ce paragraphe, l’introduction (10,16) est suivie de trois unités littéraires. L’introduction parle de l’envoi au milieu des dangers, et du devoir d’être intelligent et humble. La première unité littéraire (10,17-23) parle des persécutions faites par les Juifs et les païens, et des comportements convenables requis des disciples. La deuxième unité centrale (10,24-25) parle de l’identification entre le disciple et le maître d’une part, le serviteur et le patron d’autre part. La troisième unité (10,26-33) est concentrée sur les trois verbes à l’impératif « Soyez sans crainte » (vv. 26.28.31) elle confirme au disciple que Dieu est le Seigneur de l’histoire, et qu’il juge, d’une manière juste, chacun selon ses propres actions.
  4. Exigences de la vie du disciple et récompense des demeures hospitalières (10,34-42). Les premiers versets (10,34-36) exposent la mission de Jésus révélatrice de la division de la famille à cause de lui : il y a ceux qui veulent croire et pratiquer leur foi en s’engageant, et ceux qui le refusent à l’intérieur de la même maison. La deuxième unité (10,37-39) parle des conséquences advenues dans la vie de celui qui accepte la mission du Christ. La dernière unité (10,40-42) annonce la relation qui lie Celui qui envoie avec les envoyés et avec Dieu, son Père.

5. Conclusion narrative (11,1). Ce verset est la conclusion de tous les discours de l’évangile de Matthieu. Contrairement à Mc 6,12.13.30 et Lc 9,6.10, Matthieu ne s’intéresse pas à la réalisation de cette mission par les disciples ; il continue, en effet, de raconter le ministère du Christ au milieu de son peuple. En revanche, la vraie mission universelle des disciples est reportée à la dernière étape de l’évangile (Mt 28,16-20).

2.2 Actualisation

Cher frère candidat au Baptême, tu écoutes aujourd’hui les catéchèses et les enseignements. Tu n’as pas encore reçu les sacrements du Baptême et de la Confirmation, et tu n’es pas encore envoyé officiellement dans le monde pour annoncer le Christ. Malgré cela, tu es appelé à t’entraîner à témoigner par tes actions avant tes paroles. L’envoyé du Christ sait qu’il doit d’abord être une brebis qui suit le berger vers l’enclos de la vie. Sur le chemin, il doit aider les autres, tout en pansant les blessures de l’humanité.

Le Christ promet la récompense à celui qui le suit jusqu’au bout. Mais, au cours de cette vie, nous affronterons beaucoup de problèmes. Nous devons les accepter dans l’espérance du croyant qui regarde la croix glorieuse et qui en reçoit force et secours. Les loups sont nombreux, et les différentes persécutions innombrables. C’est pourquoi nous savons que la croix est normale dans la vie du croyant. Le christianisme a vécu trois siècles sans liberté d’expression dans ses coutumes religieuses ; et le sang des martyrs est devenu la semence des chrétiens. Mais, aujourd’hui, nous vivons des persécutions différentes ; nous ne pouvons pas résister aux tentations de la vie quotidienne, ni aux persécutions qui sont d’un autre genre. Nous savons que le sacrement de la Confirmation que nous recevons conjointement avec le Baptême, est la force de l’Esprit Saint qui nous aide tout au long de notre vie à témoigner des enseignements du Christ, jusqu’à verser notre sang, s’il le faut. Le discours apostolique de Jésus (Mt 10) est la charte de notre vie dans ce monde.

3. Enseignement théologique et spirituel :

L’Esprit Saint, et le sacrement de la confirmation

L’évangile de Luc raconte dans l’Annonciation à Marie que l’Esprit Saint est venu sur elle, pour porter le Fils de Dieu qui s’incarne dans ses entrailles. Nous voyons que le même Esprit est descendu sur Jésus le jour de son Baptême au début de son ministère public. Ensuite, l’Esprit Saint a accompagné le Seigneur Jésus tout au long de sa vie sur notre terre, jusqu’à sa passion, sa mort et sa résurrection. Ressuscité, Jésus envoie l’Esprit à son Eglise : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité…vous enseignera tout, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14). La relation entre le Seigneur Jésus et l’Esprit Saint est très étroite, à tel point que nous pouvons la nommer : Esprit de Jésus !

L’Eglise a reçu l’Esprit Saint le jour de la Pentecôtes, c’est-à-dire le cinquantième jour de la résurrection du Christ. En lisant le livre des Actes des Apôtres, nous remarquons que la première Eglise agit comme Jésus. Elle vit de son Esprit, et chemine par son inspiration ; l’Esprit est puissamment présent en elle, il la fortifie et l’encourage ; il la fait entrer profondément dans la compréhension du mystère du Christ ; il la guide dans sa route vers le Royaume, et l’aide à transmettre la Bonne Nouvelle en paroles et en actions, ce qui fait qu’elle saura discerner le bon chemin à suivre.

L’Esprit de Dieu continue à agir dans la vie, en nourrissant les croyants des sentiments du Christ : le grand amour et la possibilité du pardon ; il sème aussi dans leur cœur la paix et le désir de la prière, et il leur enseigne comment et dans quelle attitude de cœur ils doivent prier. C’est dans ce sens que saint Paul dit : « Nous ne savons prier comme il faut, mais l’Esprit lui- même intercède pour nous en des gémissements ineffables » (Rm8,26). Les fruits de l’Esprit sont nombreux, et Saint Paul les mentionne : « Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, foi, douceur » (Ga 5,22). Ses dons sont aussi variés : « Sagesse, intelligence, conseil, force, connaissance, piété, crainte de Dieu » (Is 11,2). Tout ceci montre la richesse que Dieu déverse dans les cœurs de ceux qui l’aiment grâce à l’Esprit Saint.

L’action de l’Esprit Saint dépasse toute imagination car elle ne connaît pas de limite. Il travaille – selon l’expression de Jésus – comme le vent qui n’est pas limité par un lieu, il agit partout dans le monde, et il ne prend pas en considération les barrages posés par les hommes. Même chez les non croyants, L’Esprit de Dieu agit pour les guider vers le véritable amour et à la connaissance de Dieu dans le Christ. C’est ainsi que nous voyons que beaucoup de personnes cherchent Jésus, ou du moins, adhèrent à ses enseignements et à ses principes. Dieu, en effet, agit pour que les cœurs soient préparés à accueillir la Bonne Nouvelle, l’évangile de Jésus Christ. Quant aux croyants, ils accueillent l’Esprit Saint grâce aux sacrements, particulièrement au cours de la Confirmation.

Le croyant entre en Eglise par son Baptême, puisqu’il devient un homme nouveau ressuscité avec le Christ. Mais, même si le don de l’Esprit est accessible à tout moment, le sacrement de la Confirmation vient l’affermir. Quand le prêtre dépose sa main sur le front du baptisé, et l’oint par la sainte Chrême (le Myron) comme signe de l’onction céleste, l’Esprit de Dieu demeure sur le baptisé, afin qu’il puisse témoigner de lui dans sa vie, et répandre dans le monde la bonne nouvelle du Christ. L’Eglise orientale a voulu conférer le sacrement de la Confirmation conjointement à celui du Baptême, pour insister sur l’unité des deux sacrements et sur le rôle important de l’Esprit dans la vie du croyant. En revanche, l’Eglise latine confère la Confirmation séparément, plus tard dans la vie, réservant ainsi à chaque sacrement (Baptême, Confirmation) sa place spécifique.

4. A lire et méditer : Lecture de Théodore de Mopsueste (+428)

Le sacrement de confirmation

Quand tu auras reçu la grâce du Baptême, et tu te seras revêtu de l’habit immaculément blanc, l’évêque s’approchera et marquera ton front en disant :

« N. est marqué au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Quand Jésus sortit de l’eau, il reçut la grâce de l’Esprit Saint qui est descendu sous la forme d’une colombe et qui a demeuré sur lui. Il s’agit d’une onction de l’Esprit Saint, comme il est écrit « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction », et aussi « Dieu a oint Jésus de Nazareth par l’Esprit Saint et par sa puissance ». Ceci montre donc que l’Esprit Saint fait corps avec lui. C’est exactement ce qui se passe avec l’onction de l’huile que nous pratiquons ; elle marque ceux qui la reçoivent, et plus rien ne pourra leur enlever.

Ainsi, tu es oint sur ton front. L’évêque fait le signe de la croix en disant : « N. est marqué au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Cette expression dite au « nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » prouve que tu es marqué par l’Esprit Saint, que tu as été oint par lui, que tu l’as reçu par la grâce, et qu’il demeure en toi. A ce moment-là, tu reçois déjà de lui les prémices, tu ne profites pas encore de tous les biens à venir ; il s’agit d’un symbole. Mais plus tard, tu recevras toute la grâce qui te transformera en un immortel, un incorruptible, en un sujet que la douleur et le changement n’atteignent pas. Comme ton âme aura éloigné de toi le mal, ton corps restera alors, pour toujours, incorruptible.

(Homélie 14)