Chapitre 8: La Guérison de l’enfant du Centurion

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Lecture et explication de l’évangile
Enseignement Théologique et Spirituel
A Lire et Méditer

1. Accueil

Jésus est venu ouvrir largement les portes à tous, à une seule condition : la foi.

Toi qui as cru et qui as voulu suivre Jésus en te préparant au catéchuménat, tu ressembles au centurion païen par ta foi, et tu entends peut-être une voix te disant intérieurement : « ta foi est plus grande que celle des chrétiens eux-mêmes qui sont habitués à la pratiquer par tradition ». Ce qui importe, c’est de professer ta foi en paroles et en actions. Dieu te regarde personnellement, il t’aime, et il t’appelle au salut.

2. Lecture et explication de l’évangile :

La guérison de l’enfant du centurion (Mt 8,5-13)

5Comme il était entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui en le suppliant : « 6Seigneur, dit-il, mon enfant gît dans ma maison, atteint de paralysie et souffrant atrocement ». 7Il lui dit : « Je vais aller le guérir ». – « 8Seigneur, reprit le centurion, je ne mérite pas que    tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot et mon enfant sera guéri. 9Car moi, qui ne suis qu’un subalterne, j’ai sous moi des soldats, et je dis à l’un : Va ! et il va, et à un autre : Viens ! et il vient, et à mon serviteur : Fais ceci ! et il le fait ». 10Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le dis, chez personne je n’ai trouvé une telle foi en Israël. 11Eh bien ! je vous dis que beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des Cieux, 12tandis que les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et les grincements de dents ». 13Puis il dit au centurion : « Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi » ! Et l’enfant fut guéri sur l’heure.

2.1 Explication

Après que Jésus fut entré dans Capharnaüm, le centurion arriva et lui fit part de la maladie de son enfant. Jésus décida alors d’aller le guérir. Cette initiative montre comment Jésus dépasse les traditions juives qui interdisaient au Juif d’entrer dans la maison d’un païen, par peur d’être souillé. Cette ouverture universelle du salut est claire dans l’évangile de Matthieu dès les premières pages, avec l’arrivée des mages pour adorer l’enfant. Le désir de Jésus est que le salut touche tous les hommes, avec comme seule condition de croire en lui. Jésus a dissipé les prérogatives ethniques, mettant le salut à la portée de tous, et supprimant l’exclusivité de l’appartenance à un certain peuple ou ethnie.

Après cette initiative de Jésus, vient la réponse du centurion pleine d’humilité et de foi, exprimant qu’il n’est pas digne de recevoir le Christ, l’Envoyé de Dieu. Il a exposé sa manière de se comporter avec les soldats, tout en étant loin d’eux, sans avoir la nécessité d’être en face d’eux ; et il a suggéré à Jésus de faire la même chose, guérissant à distance sans avoir besoin de toucher au malade.

C’est à ce moment-là que Jésus a affermi la foi du centurion païen, celui-ci adoptant une profonde attitude d’humilité et d’abandon face à la puissante parole de Jésus. La représentation qui consiste à prendre place au festin dans le Royaume est un symbole biblique (Is 25,6 ; Ps 107,3) indiquant l’abondance des joies éternelles. A la fin, Jésus a renvoyé le centurion en lui disant : « Qu’il t’advienne selon ta foi », affirmant par-là, que, grâce à la foi, nous pouvons recevoir la rémission des péchés (Mt 9,2), faire des miracles (Mt 17,20), et obtenir tout ce que nous demandons (Mt 21,22), pour notre salut éternel.

2.2 Actualisation

Cet évangile nous apporte une bonne nouvelle car il confirme l’efficacité de la parole de Jésus en guérissant à distance, tout comme il expose la dimension universelle du salut donné par Jésus, non pas par le fait d’appartenir à un peuple ou à une ethnie, mais en vivant la vraie foi en la Parole de Dieu. De là découle la question suivante : comment qualifies-tu ta foi en Dieu ? Est- ce que tu désires avidement le paradis en embrassant la foi chrétienne ? Vis-tu ton évolution dans ta vie de foi avec humilité et abandon à la volonté de Dieu, ou bien, t’opposes-tu aux événements de ta vie, las et dégoûté de tout ce qui t’arrive ? Sais-tu que Jésus est tout puissant, et qu’il pourra transformer tes préoccupations et tes maladies en gloire et résurrection ? En effet, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, Jésus n’a pas supprimé le mal du monde mais il l’a transformé, en nous, en une expérience d’espérance. Jésus est venu libérer les hommes de la servitude la plus douloureuse, celle du péché. C’est pourquoi, il nous est demandé, avant qu’il ne soit trop tard, une conversion de notre passé de pécheur, et un engagement dans le Royaume, en une vie de foi, en paroles et en actions.

3. Enseignement théologique et spirituel :

La vertu de la foi

Dieu a créé l’homme, et l’a incité à le chercher en adoptant une attitude de croyant. C’est ce que Jésus indique en disant : « Personne ne vient à moi s’il n’a pas été attiré par le Père ». La soif est aussi un thème important dans la prière des Psaumes : « Comme languit une biche après les eaux vives, ainsi languit mon âme vers toi, mon Dieu ». La grâce de Dieu ne s’arrête pas à ce désir intérieur, mais elle vient à la rencontre de l’homme. Le sentiment intérieur n’est pas suffisant, sinon Dieu devient une projection de ce que nous portons dans notre imagination. C’est pourquoi, Dieu vient à la rencontre de l’homme dans le cœur du monde, dans le cœur de l’histoire. En effet, Dieu s’est révélé de plusieurs manières : il a envoyé les prophètes pour proclamer sa parole, et il est intervenu dans la vie de son peuple en le sauvant plusieurs fois ; dans les derniers temps, il a envoyé son propre Fils, sa Parole éternelle, accomplissant ainsi la révélation divine.

La foi, pour l’homme, répond à deux appels : celui qui est inscrit comme une soif dans le plus profond de son être, et celui qui vient, comme une voix écoutée, de la révélation de Dieu. C’est pourquoi, la foi requiert que l’homme écoute profondément cette voix intérieure tout en la comprenant à la lumière de sa connaissance du Seigneur Jésus. Aussi, quand j’entends la parole du Christ, je sens en moi l’amour, la joie et la paix. Ceci indique que celui qui a prononcé ces paroles est le même que celui qui m’a créé et qui a semé en moi l’amour de sa parole.

Ceci dit, la foi reste un choix libre. Si Dieu voulait obliger les gens à croire en lui, il se révélerait à eux d’une autre manière. La foi est une relation proposée que l’homme choisit de construire. Comme chaque relation d’amour, les signaux qui s’y trouvent sont nombreux. Il est souhaitable que l’homme croyant sache lire ces signaux et écoute la voix de Dieu qui l’appelle, à chaque instant, à vivre selon cette foi.

De la foi surgit cette tranquillité que le croyant ressent quand il remet sa vie entre les mains de Dieu, car Il le protège dans sa vie quotidienne et ses difficultés. Dieu a, en effet, créé les lois de la nature, et Il n’y interfère habituellement pas. Il est Père pour tous les hommes, et il « fait briller son soleil sur les bons comme sur les mauvais ». Les croyants sont alors ceux qui acceptent que Dieu soit leur compagnon de route, en leur inspirant à chaque moment de choisir la voie qui mène à la vie. La foi requiert par sa nature une grande confiance en Dieu. Jésus l’a souvent dit dans sa vie : « Il te suffit de croire… Si vous avez de la foi comme un grain de sénevé… ».

L’Eglise joue un rôle important dans la transmission de la foi. Même si l’expérience personnelle est primordiale dans ce cheminement, il revient à l’Eglise, garante de la foi depuis la période apostolique, de transmettre l’enseignement chrétien et d’éduquer à la foi.

4. A lire et méditer : Lecture du théologien contemporain, Karl Rahner, SJ (1904 –1984)

La foi de l’Eglise

La foi authentique de l’Eglise est celle du pécheur, croyant ou non, qui revient sans cesse à la croyance par la puissance de la grâce. Il s’agit de la foi qui supporte les ténèbres du monde, au lieu de les dissiper par les controverses. C’est la foi qui confesse Dieu, au lieu de défendre les positions qui donnent à l’Eglise une force humaine ou une apparence dogmatique incarnée dans un être social. C’est la foi éveillée qui peut recevoir la justification, non comme aux yeux du monde, mais en devenant une force d’amour, se sacrifiant dans le service envers son prochain. C’est la foi qui, au lieu de rester enfermée dans la sphère de la vie privée, brille dans une œuvre concrète, à travers l’espérance, la responsabilité et l’engagement dans les affaires de ce monde. C’est la foi qui, au lieu de se divertir dans le monde des pensées controversistes, obéit à l’influence de la prophétie et de la grâce, pour sortir du cercle vicieux causé par la raison pure. Il s’agit d’une foi, qui entre dans le monde du concret, et qui requiert un engagement chrétien.

Une foi pareille est une grâce, mais aussi, c’est Dieu lui-même. C’est le travail de l’homme ; et chaque travail comme celui-ci trouve ses bases et sa nature dans la grâce ; en d’autres termes, c’est le travail de l’homme qui prie.

(Serviteurs du Christ : Réflexions sur le sacerdoce à l’heure actuelle, 1969)